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« Il faut enchaîner le Léviathan »: La Révolution Budgétaire Nécessaire pour la France

En France, la trajectoire de la dépense publique depuis l’année 1974 dessine un paysage économique et fiscal de plus en plus préoccupant. Cette année marque un tournant historique : elle correspond au dernier exercice budgétaire français ayant enregistré un solde positif, peu avant que le pays ne s’enfonce dans une spirale de déficits consécutifs.

Ce moment charnière, survenu durant l’ère de Valéry Giscard d’Estaing et dans le contexte du premier choc pétrolier, a marqué la fin d’une période de stabilité financière. Le budget de 1974 avait anticipé une hausse significative des dépenses pour financer des infrastructures et des initiatives de développement économique.

Depuis lors, la France n’a plus connu d’exercice budgétaire excédentaire, plongeant le pays dans un marasme budgétaire marquée par l’augmentation constante de la dette publique, qui atteignait 111,7% du PIB, soit 3 088 milliards d’euros (INSEE) en 2023 avec un déficit de 173,3 milliards d’euros. Cette escalade n’est pas un simple déséquilibre comptable ; elle est le miroir d’une réalité politique profonde et douloureuse où les décisions budgétaires s’entremêlent avec les stratégies de pouvoir et d’influence.

l’intérêt général

L’idée d’un intérêt général qui guiderait infailliblement l’action de l’État s’avère être davantage une construction mythique qu’une réalité tangible. Cette notion, souvent invoquée par les politiciens comme une boussole infaillible pour justifier leurs actions, est en réalité une chimère, une entité insaisissable qui se dérobe dès qu’on tente de la définir concrètement.

Cette invocation répétée masque une réalité plus prosaïque et plus intéressée : derrière le voile séduisant de l’intérêt général se cachent toujours des intérêts particuliers, des ambitions personnelles et des calculs politiques. Les politiciens, en poursuivant leurs objectifs personnels et ceux de leurs affiliations partisanes, manipulent adroitement le discours de l’intérêt général pour orienter l’opinion publique et légitimer leurs choix.

Ainsi, l’argument de l’intérêt général devient un outil rhétorique commode, un moyen habile de masquer la réalité des motivations et des enjeux sous-jacents aux décisions politiques et budgétaires.

Les travaux de James M. Buchanan et Gordon Tullock, publié en 1962 dans The Calculus of Consent, offrent un éclairage crucial. Ils mettent en lumière comment les décisions politiques, loin d’être le fruit d’un consensus désintéressé sur l’intérêt général, sont plutôt le résultat de négociations complexes où les acteurs politiques agissent en fonction de leurs propres intérêts.

L’application de cette analyse au cas de la France, où la dette publique a grimpé de manière alarmante depuis les années 1970, suggère que la hausse continue des dépenses publiques et le creusement du déficit ne sont pas uniquement le résultat de facteurs économiques extérieurs, mais également des conséquences de choix politiques influencés par des intérêts individuels.

Une dynamique intrinsèque à la politique

Il est essentiel de comprendre que cette dynamique n’est pas une question de morale, mais plutôt une caractéristique intrinsèque des processus politiques. Les politiciens, en tant qu’êtres humains, sont naturellement motivés par leurs propres intérêts, à l’instar de tout individu.

La critique se dirige plutôt vers l’institution de l’État qui, dans sa structure et son fonctionnement actuels, est particulièrement susceptible à ces dynamiques d’intérêts personnels. C’est cette institution, avec ses mécanismes et ses règles, qui nécessite un examen critique et, potentiellement, une réforme pour atténuer l’influence disproportionnée des intérêts individuels sur la politique publique et donc le destin des citoyens français.

Limiter l’Etat

Afin de maîtriser l’escalade de la dette publique en France, James M. Buchanan et Gordon Tullock suggèrent “d’enchaîner le Léviathan” hobbesien, par la limitation stricte du pouvoir de l’État en matière de dépenses publiques. Ils recommandent de rendre inconstitutionnels les déficits publics, afin d’empêcher le gouvernement de reporter le fardeau financier de ses dépenses actuelles sur les épaules des générations futures. 

L’exemple de la Suède offre une illustration pertinente des bénéfices potentiels d’une telle politique. En réponse à une crise financière dans les années 1990, la Suède a introduit un ‘frein à l’endettement’ qui a contribué à stabiliser ses finances publiques. Malgré les défis de la crise des subprimes, la Suède a maintenu des déficits budgétaires modérés et a réduit sa dette publique de 73,3% du PIB en 1996 à 40,6% en 2013. Cette réussite repose sur un consensus national et une réforme profonde des processus budgétaires, impliquant des réductions de dépenses et une gestion plus stricte des finances publiques.

Pourquoi pas la France ?

Adopter une telle mesure en France signifierait une rupture radicale avec la tradition de déficits budgétaires qui s’est installée depuis des 50 ans. Elle instaurait un cadre de gestion économique où la responsabilité et la discipline serait les piliers de la politique budgétaire.

Dans la mesure où la France détient déjà le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé du monde, avec 48,0 % du PIB selon Eurostat, une telle règle obligerait le gouvernement français à restructurer ses priorités de dépenses, réévaluer sa position en matière de politiques sociales et fiscales, et à réduire son champ d’intervention car chaque euro dépensé devrait être soigneusement examiné pour son efficacité et son impact à long terme permettant de poser les bases d’une croissance économique plus durable guidé par le secteur privé.

Note sur James M. Buchanan Jr.

Lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, James M. Buchanan Jr. est reconnu pour avoir co-développé la théorie des choix publics avec Gordon Tullock. Cette analyse microéconomique de la sphère politique a été exposée dans leur ouvrage phare de 1962, “The Calculus of Consent”. Buchanan a également présidé la Société du Mont Pèlerin, un groupe de réflexion fondé par Friedrich Hayek en 1947, dédié à la promotion d’un nouveau libéralisme. Je vous invite à consulter l’ouvrage d’origine sur ce lien : https://files.libertyfund.org/files/1063/Buchanan_0102-03_EBk_v6.0.pdf. La source primaire de l’information est toujours plus intéressante afin de se constituer un esprit critique, sachant qu’un article de 800 mots ne peut évidemment pas être complet et que certains points mériteraient d’être développés en profondeur.

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