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Comment la Suisse a échappé à la désindustrialisation

Pourtant au cœur de l’Europe, la Suisse émerge comme une exception à la tendance préoccupante de la désindustrialisation des économies occidentales. Alors que d’autres pays ont connu un déclin marqué de leur secteur industriel, la Suisse a maintenu une robustesse étonnante, préservant son patrimoine industriel et limitant les impacts négatifs sur son économie.

A travers cet article nous allons donc essayer de comprendre et d’analyser les facteurs de la réussite industrielle de la Suisse au point d’en faire un modèle européen. 

Une diversification économique réussie

La Suisse a longtemps été reconnue pour son industrie de pointe, avec des entreprises prospères dans des secteurs aussi variés que la pharmacie, la chimie, la machinerie, et bien sûr, l’horlogerie de précision. Cette diversité n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d’une vision stratégique qui a évolué au fil des décennies. En combinant une tradition d’innovation avec une flexibilité face aux évolutions du marché mondial, le secteur industriel suisse s’est solidement ancré dans des niches où la demande mondiale reste constante.

En effet, la Suisse a depuis de nombreuses années entamé une stratégie de diversification de son économie. Son économie n’est donc pas prisonnière d’un effet de dépendant envers un secteur particulier, l’industrie dans ce cas.

Figure 1 – Structure par branche en part relative de la valeur ajoutée brute (VAB) du total de la VAB en % Source : OFS – Comptes nationaux

La figure 1 met en avant cette logique de diversification. Là où les économies occidentales ont tendance à majoritairement privilégier leur secteur tertiaire, nous voyons ici une que les secteurs tertiaire et secondaire suisses sont proéminents dans l’économie et qu’aucun ne se détache particulièrement des autres.

Il faut alors comprendre que le tertiaire-suisses travaillent de concert dans certains domaines assurant la production et la vente in fine. C’est notamment le cas pour l’horlogerie, domaine particulièrement maîtrisé par le pays helvète. 

Pour préciser les domaines clés de la Suisse en termes d’industrie, le pays est pionnier dans des secteurs à hautes valeurs ajoutées et nécessitant des investissements importants. C’est pour cela que l’industrie chimique et pharmaceutique ainsi que la construction de machines et la métallurgie sont les secteurs phares du secteur secondaire suisse.

Un autre facteur clé dans la préservation du secteur industriel suisse est l’accent constant mis sur l’innovation. Les entreprises suisses ont investi massivement dans la recherche et le développement, restant à la pointe des avancées technologiques. Cette quête incessante de l’excellence a permis de créer des produits de haute qualité, ce qui, à son tour, a consolidé la position de la Suisse comme un acteur majeur sur la scène mondiale. Cette quête de l’excellence a d’ailleurs été récompensée grâce à la distinction de pays le plus innovant du monde que la Suisse détient plusieurs années.

Un maintien des compétences assuré

L’enjeu essentiel d’une économie souhaitant renforcer son secteur industriel est de conserver les compétences dans son réseau d’entreprise plutôt que de voir la main d’œuvre non-qualifiée rejoindre le secteur tertiaire et la main d’œuvre qualifiée rejoindre des entreprises étrangères.

Figure 2 – Rémunérations des employés en % de la valeur ajoutée brute et taux d’emploi dans le secteur de l’industrie – Source : OCDE

La figure 2 met ce phénomène en évidence, lorsque l’on analyse les courbes, on voit que les employés suisses du secteur de l’industrie conservent le plus important taux d’emploi dans l’industrie tout en recevant des salaires élevés parmi les plus élevés. Seule l’Allemagne fait office d’exception avec une période de hausse du taux d’emploi allant de 2015 à aujourd’hui, les salaires allemands dans l’industrie observent quant à eux une forte chute amorcée en 2019.

Nous pouvons expliquer ces trajectoires économiques avec le facteur de formation. En effet là où de nombreux modèles occidentaux sont basés sur des formations généralistes et théoriques, la Suisse mise sur un modèle de formation axé sur la pratique via un modèle d’apprentissage poussé. Le système d’éducation suisse forme 80 % de ses élèves dans des filières d’apprentissage en les poussant donc à se spécialiser rapidement dans un secteur d’activité. Ainsi grâce aux maturités professionnelles, aux Certificat fédéral de capacité (CFC) et Attestation fédérale de Formation Professionnelle (AFP), les élèves formés en Suisse possèdent un niveau confirmé en sortie d’études et peuvent donc intégrer des entreprises industrielles en étant plus rapidement opérationnels que dans d’autres pays.

Le maintien des postes industriels en Suisse s’explique quant à lui par le niveau de rémunération élevé et un marché de l’emploi ouvert. De fait, le marché de l’emploi Suisse correspond aux standards libéraux voulus dans le pays, les mouvements inter-entreprises sont facilités par une forte flexibilité du droit du travail qui permet un fort niveau d’emploi (79,45 % de taux d’emploi en Suisse en 2023 contre 68,13 % en France selon l’OCDE).

La fiscalité : Pilier de la résilience industrielle suisse

Parmi les nombreux facteurs qui contribuent à ce maintien du secteur industriel suisse, la fiscalité suisse joue un rôle crucial. En effet, le système fiscal suisse est réputé pour sa stabilité, sa prévisibilité et sa compétitivité, offrant un environnement propice à l’investissement et à l’innovation dans le secteur industriel.

Une caractéristique distinctive du système fiscal suisse est sa structure décentralisée, où les cantons bénéficient d’une grande autonomie en matière de politique fiscale. Cette décentralisation permet aux cantons de proposer des incitations fiscales attractives pour attirer les entreprises, notamment dans le secteur industriel.

Figure 3 – évolution des montants des impôts sur le revenu et les bénéfices des sociétés en Suisse pour les années 2000 à 2022 (en millions de CHF) – Sources : OCDE / OFS

La figure 3, met en avant la stabilité et la décentralisation de l’impôt sur les bénéfices des sociétés en Suisse. Ainsi comme il est mis en avant, depuis 2006, les recettes liées à l’impôt sur les bénéfices des sociétés représentent entre 10 et 11,5 % des recettes fiscales globales. Il est à noter aussi que les parts cantonales et communales sont quant à elles très stables d’année en année.

La Suisse maintient donc une politique de stabilité fiscale à long terme, ce qui renforce la confiance des entreprises et des investisseurs dans le pays en tant que destination d’investissement sûre et attrayante. La fiscalité suisse semble donc être le fer de lance la capacité du pays helvétique à promouvoir et conserver son tissu industriel à travers des acteurs nationaux et internationaux.

Ainsi nous pouvons corréler la capacité d’un pays à maintenir ses emplois dans l’industrie avec une capacité à former en amont à travers les études de la future main d’œuvre tout en lui ouvrant la voie à une mobilité inter-entreprise plus élevée et un niveau de rémunération relativement élevé. Ces facteurs couplés à une politique d’incitativité des investissements et de non-pression fiscale vers les entreprises rendent le secteur industriel suisse attractif et résiliant aux crises successives.

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